Oui, les cours d’EPS peuvent parfaitement être adaptés aux élèves en surpoids. Plusieurs professeurs d’EPS apportent leur témoignage. Image : Getty

L’activité sportive joue un rôle clé dans le bien-être physique et mental, y compris lors des cours d’EPS. Certaines disciplines sont toutefois plus compliquées pour les élèves présentant un surpoids ou une obésité parce qu’elles sollicitent particulièrement les articulations. C’est le cas par exemple pour la gymnastique, l’escalade, la course à pied, le step… L’impact répété sur le trampoline peut ainsi être traumatisant pour les genoux. « Certains mouvements tels que l’ATR, la roue (renversements sur les mains) demandent un bon rapport force/poids. Leur manque de flexibilité et de mobilité articulaire peut rendre la réalisation d’exercices comme la roulade difficiles puisque certains élèves vont être en incapacité à se mettre accroupis, à enclencher une rotation avec dynamisme par exemple », remarque Lucie Dal, enseignante d’EPS dans le Nord.
En escalade, un débutant a souvent tendance à tirer sur ses bras pour se hisser, ce qui entraîne une fatigue rapide et un risque de crispation. Un phénomène encore plus marqué chez un élève en surpoids.
Se pose aussi la question du regard des autres. Pas facile d’oser passer devant toute la classe quand on se sent en difficulté et que l’estime de soi est affectée. En escalade, la peur de tomber et que sa cordée (assureur et contre assureur) ne parvienne pas à supporter son poids s’il tombe est aussi un frein psychologique.

L’importance de participer malgré tout

Malgré ces difficultés physiques et psychologiques, les enseignants d’EPS insistent sur l’importance d’accueillir ces élèves et de s’adapter à eux. « Ce sont généralement de par leur pathologie ou handicap parfois, des élèves assez sédentaires. Ce travail physique va leur permettre d’être mieux dans leur tête grâce à la sécrétion de dopamine et autres hormones mais aussi du point de vue sociologique en créant des relations sociales qui permettent de sortir de l’isolement », estime Maxence Chollet, professeur d’EPS en Auvergne-Rhône-Alpes. L’EPS a une mission inclusive et doit permettre à chaque enfant de suivre une scolarité classique avec les heures d’enseignement prévues au programme. « Les cours d’EPS jouent un rôle dans l’estime de soi. Même s’il a des difficultés physiques, tout élève a des points forts, y compris en EPS », ajoute Pascale Vergé-Sépanik, professeure d’EPS et formatrice dans l’académie de Nancy-Metz.
Le cours d’EPS ne s’apparente pas à un espace de performance mais à un lieu pour se découvrir,  développer son potentiel et progresser à son rythme. « En agissant ainsi, en mettant en confiance l’élève, il y a des chances qu’il poursuive une activité physique en dehors de l’école et que nous ayons un réel impact sur sa confiance en soi et à long terme sur sa santé », espère Lucie Dal.

Orienter vers des disciplines plus douces

Pour faciliter l’inclusion et la réussite des élèves en surpoids ou obèses, il est possible d’adapter les tâches. Si l’enseignant est informé de la pathologie des élèves qu’il aura l’année suivante, il peut faire un choix didactique d’activités. Au lycée, il peut aiguiller l’élève en surpoids vers la natation, une pratique bien adaptée et douce pour les articulations puisque le poids du corps est porté dans l’eau. Le cyclisme aussi. « Dans mon collège, nous avons une douzaine de VTT. On peut proposer une activité sur un créneau spécifique pour des élèves lors de parcours individualisé si on estime que le côté physique et santé prime sur d’autres besoins éducatifs. On a aussi l’association sportive qui propose des activités en parallèle des cours pour les élèves volontaires et on peut proposer une activité santé à destination d’élèves avec des besoins », estime Pascale Vergé-Sépanik. Elle rappelle l’importance des partenaires comme l’infirmière, le CPE, l’assistant social et les parents pour dialoguer et trouver des solutions.  

EPS et obésité : Des aménagements possibles


Certaines activités peuvent être adaptées pour faciliter leur accès aux enfants. Le demi-fond, par exemple, permet de travailler à partir de vitesses de référence propres à chacun. Les temps et les vitesses de course deviennent une auto-référence de la performance. L’élève n’est plus dans une logique de comparaison aux autres mais a ses propres objectifs à atteindre.
En course de vitesse relais, le départ et la distance à parcourir peuvent différer pour chaque binôme. L’effort produit par chacun est identique pour son corps. « On fixe un objectif par binôme pour redonner l’équité des chances et maintenir la motivation des enfants. Finalement, on donne à tous les mêmes moyens, l’élève n’est pas stigmatisé », ajoute Pascale Vergé-Sépanik.
En escalade, le professeur peut proposer de privilégier les déplacements en traversée, augmenter progressivement les hauteurs de grimpe, privilégier les ascensions sur supports positivement inclinés…
En gymnastique, il est possible de travailler avec le matériel à disposition. Pour les roulades, travailler à partir de marches, de plans inclinés, qu’on va écarter pour permettre le passage de la tête entre les deux plans.

Des choses à proscrire

Par sécurité, certaines choses dont interdites comme les prises en mono-doigt ou bi-doigt, en escalade, car elles sont traumatisantes pour les articulations. Le mur peut être aménagé avec des « prises de main crochetantes type bac et prises de pieds larges. En gymnastique ou acrosport, il faut veiller aux sauts et à leurs réceptions. Il faut également éviter, même proscrire certaines situations où les appuis manuels sont exclusifs », prévient Lucie Dal.

Si une pratique n’est pas possible ou potentiellement trop néfaste, l’élève peut toujours prendre part au cours d’EPS grâce aux rôles sociaux (arbitre, coach…) dans lesquels il est évalué.

Encourager et valoriser les efforts

Pour que les cours d’EPS portent leurs fruits, l’élève obèse doit se trouver en situation de réussite, dans un exercice adapté à ses capacités et idéalement en petit groupe pour ne pas être exposé aux regards de tous. « En gymnastique, je ne vais jamais demander à mes élèves de réaliser une prestation devant la totalité du groupe classe lors de la première leçon. Si j’ai besoin de démonstrations, je vais demander si les élèves sont volontaires. Je travaille aussi avec la vidéo différée et un travail en binôme affinitaire en coaching pour leur permettre de se revoir et de progresser sans être exposé aux yeux de tous », explique Lucie Dal. L’élève gagne ainsi en confiance, est plus à même de se motiver et de persévérer. Les professeurs sondés plaident tous pour des feedbacks positifs réguliers qui soulignent les progrès, pas seulement les résultats. Parfois, des élèves très empathiques aident d’eux-mêmes leur camarade. Il n’est plus seul face à la difficulté. Le travail en équipe permet de diminuer la pression individuelle et de faire ressentir à l’élève qu’il a une place dans le groupe quel que soit son niveau. « En cours, on ne demande jamais aux élèves d’enlever leurs lunettes pour lire au tableau. Quels que soient les autres handicaps, il y a besoin de lunettes qui peuvent prendre différentes formes. Quand on prend des exemples parlants pour les enfants, ils comprennent mais il faut souvent répéter et valoriser l’entraide et la coopération. Ça devient une habitude et fait partie du cours », commente Pascale Vergé-Sépanik.
Ces divers efforts de l’élève obèse, de ses camarades et du professeur permettent aux cours d’EPS de jouer pleinement leur rôle.

Retrouvez sur le site de l’académie de Nancy des explications et conseils pour adapter les cours d’EPS aux élèves obèses :